Paris aura les JO 2024, mais à quel prix?

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Même si la date officielle de l’attribution des JO 2024 a été fixée au 13 septembre 2017, il n’y a d’ores et déjà plus aucun suspense, Paris devrait bel et bien accueillir les jeux. Il faut dire que la Ville Lumière est la dernière survivante parmi les six présentes sur la grille de départ fin 2015.

Mais tour après tour, les cinq autres villes ont abandonné. Les jeux ne font plus rêver et cette tendance semble se confirmer après les défections de Hambourg, Rome, Boston et Budapest ces deux dernières années.

Il faut se rappeler le fiasco causé par l’organisation des JO d’Athènes (2004) ou de Rio (2016) pour lesquels le budget prévisionnel a été largement explosé. Les dépenses démesurées pour des installations sportives qui pour beaucoup sont à l’abandon aujourd’hui (les éléphants blancs) ont largement contribué à l’inquiétude de l’opinion publique et des responsables politiques.

Si les jeux étaient jadis un investissement, les images terribles des infrastructures des derniers jeux de Rio laissées à l’abandon pour lesquelles les brésiliens continuent de s’appauvrir en ont refroidi plus d’un…

La controverse

Selon Frédéric Vial, membre du collectif NON JO 2024, il s’agira d’un événement « totalement ruineux puisque le budget présenté n’est ni réaliste ni crédible”. Il a d’ailleurs ajouté qu’un ” certain nombre de dépenses ne sont pas prévues du tout”.

Qu’en est-il de la question écologique ?

Toujours selon Frédéric Vial, « cela va enfin être un scandale écologique. Imaginer qu’on va faire venir trois millions de personnes et qu’elles vont venir à la nage et se déplacer en voiture électrique ou à vélo, c’est complètement ridicule. Et parce qu’on va avoir des assiettes en carton, cela s’appelle du recyclage et on aura du zéro déchet ? Cela n’est pas crédible ! »

Alors que la ministre des sports Laura Flessel a récemment déclaré que le développement d’infrastructures comme le centre aquatique sur le territoire de Saint Denis serait un formidable investissement pour la population locale, Frédéric Vial rétorque lui que « cela a un coût. Prenons la ligne 17 du Grand Paris Express, par exemple, qui va relier Puteaux et l’aéroport Charles-de-Gaulle : le petit crochet vers EuropaCity [complexe de loisirs sur la commune de Gonesse, dans le Val-d’Oise] est déjà aujourd’hui estimé à 500 millions de dépassement. Ce sont des choses qui vont aussi coûter cher parce qu’il faut les terminer à temps. Normalement le Grand Paris Express était prévu en 2030 ou 2032. Là, c’est avancé à 2024, au mieux 2028, et il faudra le terminer à temps. Cela veut dire qu’il va y avoir – et il y a déjà –une explosion des budgets »

Du côté des experts, de nombreux économistes, tel que Wladimir Andreff, estiment que la facture des Jeux Olympiques s’élève toujours au double ou triple de ce qui est initialement prévu et que l’accueil des grands événements sportifs internationaux n’est pas une bonne opération financière.

Et pourtant Paris disposerait déjà de 95% des infrastructures nécessaires à un tel événement, selon le comité Paris 2024. A ce titre, la ville aux cent villages a adopté le fameux « Agenda 2020 », préconisé par le CIO, dans le but d’économiser l’investissement public en utilisant un maximum d’infrastructures déjà existantes.

Alors combien est-ce que ça va coûter?

A Londres le coût a été multiplié par plus de 2, passant de 4,8 prévus à 10,9 milliards d’euros. Les dépenses pour Rio, initialement chiffrées à 9,5 milliards d’euros, devraient atteindre 33 milliards d’euros. Le stade de Maracana, aujourd’hui laissé à l’abandon (les fameux ‘éléphants blancs’), sera remboursé pendant plusieurs siècles. Et actuellement, l’État de Rio est en faillite, une situation précipitée par la Coupe du Monde de football et par le déficit occasionné par les jeux. Il a donc été placé sous tutelle.

Le budget des JO de Tokyo de 2020 a failli dépasser les 30 milliards de dollars, soit 4 fois le montant de l’estimation initiale, pour finalement repasser à 16 milliards d’euros, soit deux fois l’estimation initiale. Le seul stade olympique devrait coûter 2,8 milliards d’euros.

Pour Paris, le budget du GIP Paris 2024 est déjà subrepticement passé de 3,2 à 3,6 milliards d’euros entre le dépôt du deuxième et du troisième volet du dossier de candidature, soit une augmentation de 12,5% – ce qui présage de la suite… Cela porte ainsi le budget total à 6,6 milliards d’euros. Quand on pense qu’Anne Hidalgo avait déclaré, lors d’une visite au Japon, accompagnée de Valérie Pécresse, « Tokyo est un modèle pour Paris» et qu’elle devait « apprendre avec humilité de l’expérience de Tokyo ».

« Les candidats possèdent une tendance naturelle à minimiser les coûts » analyse Jean-Pascal Gayant, économiste du sport à l’université du Mans. Toujours selon lui, il est impossible d’anticiper tous les coûts liés à l’organisation d’un tel évènement et son propos s’est semble t-il révélé être juste à chaque fois… Eh oui, depuis Séoul 1988, tous les budgets prévisionnels ont été dépassé, sans exception aucune.

Bref… à qui le tour ?