Campagne présidentielle : Hamon qui rit, Fillon qui grince

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Opération primaire de la gauche terminée. Et comme pour la droite et le centre, c’est un candidat surprise qui remporte la mise. Avec près de 59 % des suffrages, Benoît Hamon, incarnation de la gauche sociale, a largement devancé son rival du deuxième tour de la primaire, Manuel Valls, au soir du dimanche 29 janvier.

Benoît Hamon est désormais le candidat de notre famille politique, et il lui appartient de mener à bien la belle mission du rassemblement“, a déclaré, dès la publication des résultats, Manuel Valls, à l’issue de sa défaite.

Mais derrière cette union de façade, la large victoire du représentant de l’aile gauche du PS a engendré d’importantes secousses parmi les socialistes. Le programme de Benoît Hamon, incarné par la proposition d’un revenu universel, fait grincer des dents dans le camp des réformateurs qui ont soutenu Manuel Valls, défenseur de la sociale démocratie. Les mots très dur de ce dernier pour qualifier Benoît Hamon pendant la campagne : “marchand de sable“, “ambigu” sur la laïcité, etc, résonnent encore au soir du deuxième tour de la primaire.

Et le candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle, qui a annoncé vouloir rencontrer au plus tôt Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour rassembler toute la gauche, devra déjà batailler pour convaincre tous les socialistes de le suivre. Car dès hier soir, des élus, soutiens de Manuel Valls, et des cadres de la formation socialiste, ont évoqué leur intention de rejoindre le mouvement d’Emmanuel Macron. « Les réformateurs » du PS qui ont soutenu Manuel Valls se retrouveront mardi matin pour évoquer la suite des événements. Sans attendre, le député du Cantal Alain Calmette et le député du Nord, Dominique Baert, ont franchi le rubicon dès l’annonce du résultat de la primaire pour s’engager derrière Macron, même si ce dernier, favori des sondages, n’a toujours pas présenté de programme.

« Si Benoît Hamon a gagné quelque chose hier, c’est un tube de colle. Ne lui reste plus qu’à recoller les morceaux du parti socialiste“, ironise Mickaël Tassart dans Le Courrier picard.

A droite, François Fillon aurait besoin du même accessoire pour souder son camp derrière lui, après les révélations, la semaine dernier par le Canard enchaîné, de l’emploi (fictif?) de sa femme, Pénélope Fillon, comme attachée parlementaire. Une enquête judiciaire a été ouverte et elle déterminera si Pénélope Fillon a bel et bien mérité les 500 000 euros bruts de revenus parlementaires touchés sur plusieurs années, ainsi que les 100 000 euros auprès de la Revue des deux mondes comme conseiller littéraire.

Mais les révélations se succèdent à la suite de ce qui est désormais appelé le PénélopeGate. Outre l’aveu de la rémunération de deux de ses enfants comme attachés parlementaires, François Fillon devra s’explique sur sept chèques d’un montant de 21 000 qu’il a perçu entre 2005 et 2007, prélevés sur une cagnotte du Sénat censée améliorer la rémunération des assistants parlementaires…

François Fillon jouait très gros, lui aussi, dimanche 29 janvier. Dans l’après-midi, il a animé un meeting prévu de longue date à la Porte de la Villette, à Paris. Et qui devait relancer sa campagne sur le champ économique. Mais François Fillon s’est retrouvé sur la défensive et a placé le débat sur le terrain affectif. Devant vous, mes amis, je veux dire à Pénélope que je l’aime et que je ne pardonnerai jamais à ceux qui ont voulu nous jeter aux loups“.

Plus incertaine que jamais, la campagne présidentielle devrait réserver encore de nombreuses surprises. Dimanche soir, un sondage Kantar Sofres-One Point pour Le Figaro, RTLet LCI, a confirmé les difficultés actuelles de François Fillon qui enregistre son plus mauvais sondage de l’année. Si Marine le Pen arrive en tête, à 25% des intentions de vote, au premier tour de la présidentielle, le candidat de la droite et du centre voit se rapprocher Emmanuel Macron dans son sillage. Les deux hommes sont maintenant a coude-à-coude à environ 21%. Depuis le début de l’année et les révélations du PénélopeGate, François Fillon a perdu six points dans les sondages. De son côté, Benoît Hamon est crédité dans ce sondage de 15% des intentions de vote. Un bond se fait au détriment de Jean-Luc Mélenchon, pointé seulement à 10%.